Congo – Lumières de Pointe Noire

« L’eau chaude n’oublie pas… »

Chroniques photographiques d’un retour à Pointe-Noire

« On m’attendait à PointeNoire. Je ne fis pas le déplacement…». L’enfant de Maman Pauline, la mère la plus célèbre de la littérature africaine, n’a pas mis les pieds à PointeNoire depuis la fin des années 1980. Deux ans après la parution de son roman autobiographique Demain j’aurai vingt ans, Alain Mabanckou retourne dans sa ville natale à l’invitation de l’Institut français.

Cet enfant du Congo, né après les indépendances africaines, est devenu, au fil des années 2000, une figure emblématique du paysage littéraire français. À cheval entre la France et les Etats-Unis – où il enseigne la littérature francophone à des élèves venus d’Iowa ou de Corée – Alain Mabanckou au fil de ses livres a fait de Pointe-Noire la ville chaudron de ses romans.

Verre Cassé paru en 2005, ou les récits d’un saoûlard ponténégrin qui observe les allées et venues des clients d’un bar crasseux, a provoqué un séisme dans les lettres francophones. L’écrivain examine l’Afrique sous l’angle de la rue, des marginaux, de la famille… en plaçant les histoires populaires au coeur de ses récits.

Mabanckou porte sur Pointe-Noire un regard qui revêt les couleurs d’une photo usée des années 1970… Depuis 1987, les rues de la capitale économique ont changé, les plus proches ont rejoint les étoiles, la maison en planches a laissé place à des baraques en parpaing mises en location. Mais au bord de la rivière Tchinouka, certains rêves du petit Michel sont cachés dans une boîte à sardines.

En juin 2012, j’accompagne Alain à Pointe-Noire. Documentariste, je projetais depuis plusieurs années d’interviewer caméra au poing les personnages rencontrés au fil des livres de l’auteur de Verre Cassé. Pourtant, une fois sur place, l’appareil photo s’impose comme une évidence. Non parce qu’à Pointe-Noire quand on demande à être filmé c’est pour être pris en photo mais parce que je voulais rester discrète.

Derrière ces regards fixés le temps d’une prise se nichent l’émotion des retrouvailles et toutes les interrogations partagées sur ces années de séparation. Pauline s’invite malicieuse et prend la pose dans un rai de lumière. Le trio de la Côte sauvage salue leur ancien camarade. Les Immortelles du quartier Trois-Cents m’invitent à jouer aux dames dans leur parcelle. Je découvre cette Pointe-Noire populaire et intime loin du goudron des avenues et des restaurants du centre-ville. Je vais à la rencontre des miens. Les enfants qui s’aiment de Demain j’aurai v ingt ans se sont retrouvés et le petit Michel a remis sa clé à Caroline : celle des rêves de la parcelle de Voungou. Mon objectif fixe les visages et les lieux de mémoire alors qu’Alain égrène petit à petit les mots dans son cahier du retour au pays natal.

En prenant ces photographies, mon désir était avant tout de respecter l’univers imaginaire de l’enfant de Pointe-Noire, car il n’y a rien de plus précieux que l’enfance ; et je souhaitais qu’elles deviennent les clichés de la vieille malle d’un grenier qui n’existe pas. Le format carré et les contrastes sténopés rappellent les polaroids des années 1980, tout comme le choix du noir et blanc pour photographier la famille évoque les portraits des studios photo d’antan.

Quinze de ces portraits ponténégrins jalonnent Lumières de Pointe-Noire le dernier livre d’Alain Mabanckou (Editions du Seuil, janvier 2013) ; d’autres ont été publiés dans le Financial Times.

Toutes les photographies sont ©Caroline Blache, merci de contacter la photographe pour toute utilisation web, presse etc… et obtenir une bonne définition de l’image.

 

2 commentaires

  1. Très belles photos ! beau travail « habité », un regard plein de tendresse et de réalisme. Bravo Caroline !

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